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Words by Aurèle Nourisson

Manifeste anti-house non-jazz. Ça commence bien, une petite rythmique jazz au clavier et, très vite, de la disco électronique. Des percussions toujours jazz, et d’autres plutôt kuduro, batucada. C’est sans une vision tout à fait partiale et loin de la volonté de la dernière sortie de Niagara chez Principe Discos. Pourtant, dès le premier morceau, Asa, rythmique jazz contrecarrée par des impétuosités électroniques. Percussions, pas trop loin de ce qu’on peut reconnaitre dans le kuduro, quelques samples, et bizarreries rythmiques. Tout ça avec des atmosphères à la Black Devil Disco Club ou Bernard Szajner.

Radicalisation house par l’instrumental et la distorsion des synthétiseurs, lecture non linéaire d’une histoire des musiques électroniques et discontinuité des récits sonores, São João Baptista peut faire penser à la sortie de Cotrim sur One Eyed Jacks (lire) qui avait pu émouvoir nos oreilles dans l’application d’une décontraction stricte, disons-le rapidement, d’une forme de techno.

C’est un EP bizarre, presque autotélique, qui dit sur les révolutions qui sont en train de secouer la musique européenne et, plus largement, la musique électronique internationale. Quand les clubs et les organisateurs de soirée en France louent un retour d’une house soporifique normalisée et blanchisée, les musiques électroniques répondent par des intersections géométriquement révolutionnaires.

Dire de São João Baptista que c’est un EP house est un parti pris un peu étrange, on pourrait aussi le qualifier d’expérimental, d’instrumental électronique ou tout simplement d’électronique bizarre. On peut aussi le lire comme la digestion d’un brassage non-hiérarchisé de ce qu’est la musique aujourd’hui, une application de l’idée de la « distortion culturelle » si chère aux avant-gardes de la fin du XXe siècle.

Dire de São João Baptista que c’est un manifeste est un parti pris tout aussi étrange. Manifeste conscient ou inconscient, Niagara réussit le tour de maître de faire avaler une relecture convaincante d’une house moribonde et ennuyeuse à souhait qu’on retrouve dans tous les clubs « branchés » de province et de Paris – vous savez, cette house worldie diffusée par des mecs avec des chemises à fleu…

Un manifeste rythmique bizarre, étrange, qui se passe de linéarité pour amener dans la disjonction, le collage et le bizarre une sorte de batucada néo kuduro électronique house. Quatre morceaux, quatre manières de radicaliser des rythmiques et des sonorités. Le tout finissant par un très étrange titre, Laranja, entre flûte de pan, distorsion de synthé, boîte à rythmes bouclée sur une rythmique basique et sentiment d’être pris dans un flanger mouvant.
Manifeste ou pas, São João Baptista, est l’une des plus belles sorties de Niagara chez Principe Discos, en tout cas une sortie qui donne à penser que les hybridations et les monstruosités n’ont pas fini de repousser les frontières de l’électronique.

On vous engage aussi à aller écouter le dernier morceau acid kuduro de Dj Nigga Fox qui est dans doute un encore plus brillant manifeste et qui sort ces jours-ci chez le même Principe Discos. Gloire aux monstruosités radicales de l’électronique de Principe Discos.

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